• Louise

[Edito] La quête de sens de la nouvelle génération : une aubaine pour le monde agricole !

Dernière mise à jour : 19 sept.



Au début de ce mois de septembre, j'ai eu la chance de partir à la rencontre des étudiants de première année, de l'école d'ingénieurs agronomes Bordeaux Sciences Agro. La mission qui m'était confiée ? Leur donner envie de travailler au contact du monde agricole. Vaste programme 😅​

Dans un contexte instable, voire chaotique, cette nouvelle génération est à la recherche de sens. Et ça tombe bien, parce que les nouveaux enjeux auxquels est confronté le monde agricole offrent, à mon sens, la possibilité d'atteindre cette quête.


Les jeunes agriculteurs vont effectivement avoir besoin d'aide pour relever le challenge immense qui les attend. Il leurs faudra :

  • Nourrir une population croissante et de plus en plus urbaine (nous sommes 7 milliards aujourd'hui, nous serons 9,5 milliards demain) en étant toujours moins nombreux (ils étaient 1,6 millions au début des années 80, ils ne sont plus que 400 000 aujourd'hui). Les agriculteurs représentent actuellement 1,5% de la population active. 1,5% d'entre nous travaille donc à nourrir toute la tribu ! Faut-il s'inquiéter ? Surement ! En tout cas, qu'on le veuille ou non, c'est mathématique : les notions de productivité et d'efficacité de production seront incontournables pour l'agriculture de demain.

Sylvain Chanéac, chef d'exploitation du lycée agricole de Dax
  • Travailler en ayant un impact positif sur l'environnement. On ne parle plus de limiter les effets négatifs de l'agriculture mais bien d'avoir un bilan positif. Et là, ça complexifie grandement le métier. Quand je pars dans les fermes échanger avec les agriculteurs, ils me parlent d'azote, de captation de carbone, de vie dans les sols... et honnêtement, quand ils m'expliquent leurs méthodes de travail, je ne comprends pas toujours tout ! On est loin de l'agriculture d'après-guerre qui avait pour objectif unique d'atteindre l'auto-suffisance alimentaire, et qui à tout problème, avait une solution unique, grâce notamment à l'utilisation des produits phytosanitaires. Le week-end dernier, Jean-Philippe, agriculteur-brasseur en Meuse, nous racontait comment il travaillait pour traiter au bon endroit au bon moment, comment il utilise la robotique pour le faire, et comment il a complétement revu les manières de travailler en reprenant les terres de son père, sous l'œil inquiet de ce dernier. Au mois août j'ai également rencontré Sylvain Chanéac, chef d'exploitation du lycée agricole de Oeyreluy. Lui me racontait comment il avait organisé sa ferme pour alimenter, autant que possible, ses vaches à l'herbe. Il a par exemple découpé ses champs en plus de cinquante parcelles pour, tous les trois jours, changer ses vaches d'endroit et ainsi permettre à l'herbe de se renouveler. Cette jeune génération m'impressionne de part sa motivation, sa réflexion et les expérimentations qu'elle met en place. Il n'y a pas de vérité acquise quand on travaille avec le vivant. On teste, on se trompe, on recommence, on re-teste et, à force d'abnégation, on finit par trouver.

  • Proposer une alimentation à un prix accessible. Et oui, cette notion de prix bas reste incontournable et complique considérablement l'équation. Nous présentons une forme de schizophrénie : il y a nous, les citoyens, qui réclamons une agriculture plus verte, plus durable et produisant une alimentation de qualité. Et puis il y a nous, les consommateurs. Une fois dans les rayons, nous nous dirigeons souvent vers les produits les moins chers (certains parce qu'il leur est impossible de faire autrement). Le budget alimentaire reste la variable d'ajustement. On le voit actuellement par temps d'inflation. On ne veut pas rogner sur nos loisirs, nos vacances et notre iPhone, mais c'est bien le budget alimentaire qui trinque. Pour preuve, après un boom pendant le covid (notamment parce que nous avions moins d'activités), le Bio connaît pour la première fois un repli. Les éleveurs laitiers, par exemple, en paient le prix fort : le litre de lait bio est, depuis ce printemps, moins cher que celui du lait conventionnel.

Les challenges sont donc immenses : ils sont économiques, environnementaux et sociétaux. Et les agriculteurs de la nouvelle génération ne pourront pas réussir seuls. Ils auront besoin de compétences externes, de personnes motivées pour rejoindre le bateau.

Et les étudiants ont de la chance, leur implication pourra prendre mille et une formes tant il y a de travail pour gagner le match :


Floriane Laville, maraîchère à Bruges. La lutte contre le changement climatique fait partie de son quotidien.
  • Ils pourront devenir agriculteurs : on le sait tous, il y en aura besoin. La moitié des agriculteurs partent à la retraite dans les cinq à dix ans à venir et près d'un tiers ne sera pas remplacé. Le métier d'agriculteur est par ailleurs devenu un job à 360 qui pourra parfaitement convenir à des profils BAC+5. Et je suis convaincue que plus le temps passera, plus les agriculteurs qui rejoindront les rangs seront qualifiés. Cette évolution est d'ailleurs déjà en marche. Alors que dans les années 80 ils étaient plus de 80% à n'avoir aucun diplôme, ils n'étaient plus que 14% en 2019.

  • Les étudiants pourront travailler dans des grands groupes du secteur de l'agroalimentaire : ici ça pique. Les grands groupes n'ont pas la côte auprès de la nouvelle génération. J'en veux pour preuve l'intervention des élèves de AgroParisTech pendant leur remise des diplômes. Pourtant qu'on le veuille ou non, ils sont incontournables : ils ont en charge l'organisation de la production et sont les acteurs essentiels du secteur du commerce. Difficile donc de faire sans eux. . Alors quoi de mieux, si on veut changer les choses, que d'intégrer ces structures pour impulser un changement de l'intérieur ? C'est surement la voie qui aura l'impact le plus massif dans le changement des pratiques.

  • Les futurs travailleurs pourront décider de se mettre à leur compte ou de rejoindre de plus petites structures pour être au plus près des agriculteurs, les conseiller et les accompagner. Ils pourront par exemple intégrer des start-ups de l'AgriTech, écosystème riche et dynamique, qui a vocation a aider l'agriculture française à faire sa révolution en proposant aux agriculteurs des solutions technologiques concrètes.

Nous assistons donc à un alignement des planètes : la nouvelle génération recherche du sens, le monde agricole a besoin de soutien pour inventer l'agriculture d'aujourd'hui et de demain et les voies pour y parvenir seront multiples.

Alors quoi maintenant ? Il n'y a "plus qu'à" connecter tous les acteurs de ce joli monde entre eux, faire en sorte qu'ils se rencontrent et qu'ils se parlent, travailler pour que la nouvelle génération comprenne tout l'intérêt, pour elle et pour la société dans son ensemble, qu'elle aurait à rejoindre le bateau de l'agriculture française.


Louise Lesparre



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